« D’un oeil impressionniste »

Oeil Impressionniste

«[R]edevenir primitif en se débarrassant des illusions tactiles », voici ce que Jules Laforgue proposait vers 1883 à ses contemporains, louant ce qu’il nomma « l’œil impressionniste ». Cet œil-tactile, ce travail dialectique « primitif » entre l’œil et la main qui serait celui du peintre impressionniste, nous révélerons qu’il fut aussi, à la fin du dix-neuvième siècle, celui de l’écrivain.

Prenant pour point de départ l’article de Laforgue, et revenant sur l’usage du terme « primitif » à travers le dix-neuvième siècle, nous verrons en nous arrêtant sur certains écrits théoriques de Stéphane Mallarmé et d’Émile Zola combien ce « voir le plus simple »  constituait une sorte d’exploration, de voyage, d’avancée de l’inconscient vers la conscience – soit pour l’écrivain un processus comparable au fonctionnement de la mémoire en ses oublis, ses surprises, ses fossilisations, un travail de plongée vers les zones d’ombres de l’intime. Pour le peintre – et ici Édouard Manet et Edgar Degas nous serviront d’exemple – il s’agirait d’avoir acquis une grande sensibilité, de connaître toutes les œuvres du passé, et puis soudain de tout oublier ; ce travail du regard autant que de la main supposant un retour à la réalité de la rue et du plein air. Et c’est le paradoxal « demi-savant » que Paul Bourget inventa en 1882 – un personnage amateur de peinture autant que de littérature – qui nous permettra de conclure sur « ce je ne sais quoi de momentané » que l’œil impressionniste permet de saisir avant que de le transcrire.