“En mangeant Rosa”

ou la poétique anthropophage de Benjamin Péret.


Benjamin Péret qui incarna, selon les mots de Pierre Naville, “le Surréalisme éternel”, n’eut de cesse de vouloir tirer de la banalité du réel de quoi changer sinon transcender ce dernier. Dans un monde où tant d’êtres meurent de faim, évoquer, ainsi que Péret le fait, une perpétuelle et ludique abondance de nourriture s’avère possible politisation de la poésie. Mais comment déchiffrer, au cœur des poèmes, ces oreilles et autres Rosa mangées? On sait que, de 1929 à 1931, Benjamin Péret participa à l’avant-garde brésilienne, contribuant même à la Revista de Antropofagia fondée par Oswald de Andrade. Aussi, nous proposons-nous de montrer que l’anthropophagie est pour Péret poétisation du politique: le processus fonctionne de manière idéalement dialectique et permet cette merveilleuse et parfaite fusion instantanée des différences que le poète nommait “amour sublime”. Via Péret, c’est aussi la facette anthropophage sinon cannibale du Surréalisme et de ses proches alentours que nous interrogerons, revenant sur le Manifeste Cannibale et la revue Cannibale de 1920, la question des cadavres exquis, ainsi que le Festin Cannibale de Meret Oppenheim de 1959.

(c.f. POÉSIE ET POLITIQUE AU XXème SIÈCLE)