Promenade littéraire à travers le verre

Métaphore autant qu’image, la « maison de verre » ponctue le champ littéraire de la Troisième République. De fait, la retrouve-t-on fantasmée sous la plume de ces hommes de lettres stylistiquement incompatibles que furent Emile Zola et André Breton.  La question d’un verre devenu lieu de vie constituerait ainsi l’unique point de contact entre la prose naturaliste des romans de Zola et la poétique surréaliste des récits de vie de Breton. Le rêve d’une demeure de verre, qui sera donc le fil directeur de notre vagabondage, nous permettra de revenir sur certains topoi romanesques jouant de transparence à la fin du dix-neuvième siècle, c’est-à-dire les serres ainsi que les vitrines des grands magasins, chères à Zola. Or, pour le romancier, le verre est également cet écran photographique et translucide qui sous-tend toute écriture : aussi rêve-t-il, à voix haute, du cristal d’une inaccessible prose stendhalienne. Quelques années plus tard, lorsqu’André Breton l’évoque, une architecture habitable de verre existe bel et bien, au cœur même de Paris chez le Dr Dalsace, où se rencontrent surréalistes et intellectuels marxistes. Sur un pan du mur du salon de cette maison de verre, l’immense bibliothèque apparait comme poursuivie, démultipliée, imitée, par les carreaux de verre de la façade vitrée ; si bien que l’œil en vient à se demander si la mosaïque de verre mime les rayons d’ouvrages ou si ces derniers n’ont pas eux-mêmes pour reflet la plus parfaite des transparences. Ce jeu de trompe l’œil architectural initié stylistiquement par Zola et poursuivi par Breton rappelle combien la relation dialectique continue entre l’énigme de certaines images à déchiffrer et la limpidité d’autres indices est la clef de toute littérature. Aussi comprend-t-on pourquoi, dans ces mêmes années, Guy de Maupassant et Paul Valéry ont fait de l’écrivain un homme-dit « de verre » – sur lequel viendra se clore notre promenade lettrée à travers le verre.

Jeudi 16 septembre, 13h-14h, Université McGill.