Les équations poétisées du surréalisme

L’« inimitié jurée »  entre poésie et science qu’a soulignée Giacomo Leopardi au XIXème siècle paraît de prime abord redoubler de redondance en oxymore lorsque l’on considère la possibilité d’une poésie scientifique surréaliste. De fait, si le surréalisme est avant tout mise à mal du cartésianisme ainsi que du positivisme, si les membres du groupe d’André Breton souhaitent parvenir à révéler poétiquement l’échec de la raison n’est-ce pas précisément en délaissant la logique scientifique (considérée mortifère) pour l’étincelle analogique de quelques Champs magnétiques ?

Or le titre de ce tout premier écrit surréaliste suffit à éroder cette idée d’un impossible accord entre le surréalisme et la science, et ce d’autant plus que l’on se souvient que Breton – comme de nombreux autres membres du groupe – avait poursuivi initialement des études de médecine. Décrit dans le Manifeste du surréalisme de 1924 comme un « automatisme psychique pur par lequel on se propose d’exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée », le surréalisme se rapproche bel et bien d’une sorte de didactisme. Exprimer le fonctionnement de la pensée, n’est-ce pas d’ores et déjà un processus scientifique ? De sorte qu’il s’agit ici d’un mouvement prônant une certaine forme de déraison, mais qui n’en est pas moins – dès sa naissance théorisée et faite définition encyclopédique – du côté de la science. Et le concept même de « hasard objectif » constitue un parfait exemple de cette ambivalence sur laquelle se portera notre propos.

Vendredi 17 septembre, 9h50, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.