“Fixer le désert”

Presentation given at the 42nd Annual Nineteenth-Century French Studies Colloquium, “La Terre” on 10/29/16

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Gustave Guillaumet, Le Sahara, 1867

Comment fixer, dire, donner à voir, raconter et montrer l’immense vertige que l’on nomme désert ?

Si « l’homme isolé dans ce morceau du monde fait exclusivement de lignes, de lumières et d’ombres est comme au centre d’une horloge immense […] » (Masqueray), et se trouve donc au cœur d’un espace aux tracés éminemment picturaux, le peintre y est en réalité confronté au vide d’un paysage fuyant et sans accroche de regard : « peu de variété, peu d’accidents, peu de nouveautés, sinon le soleil qui se lève sur le désert et va se coucher derrière les collines, toujours calme, dévorant, sans rayon […] (Fromentin). Aussi le désert s’avère-t-il presque irreprésentable – sinon en ces rares instances exceptionnelles que seraient les caravanes passant au loin, les oasis devinées en mirages, les tristes carcasses de chameaux. Car c’est certainement au premier plan de cette toile de Guillaumet qu’est dû son succès au Salon de 1868, et qui explique l’enthousiasme d’un Théophile Gautier touché : « Jamais l’infini du désert n’a été peint d’une façon plus simple, plus grandiose et plus émouvante. »

Prenant pour point de départ les descriptions paradoxales d’un Emile Masqueray qui transforme le paysage en océan – puisque, selon lui, dans le Sahara « ce n’est pas la terre qui compte » -, considérant également certaines toiles et certains récits de voyages d’Eugène Fromentin et de Gustave Guillaumet, nous nous proposons donc de révéler les différentes manières dont il fut coutume, dans les années 1850-1890, de représenter le désert et son infinie solitude.